Le ferraillage d’un dallage en béton armé désigne la mise en place d’armatures en acier à l’intérieur du béton pour compenser sa faiblesse naturelle en traction. Le béton résiste bien à la compression, mais sans acier, il fissure dès qu’une charge ou un mouvement du sol le sollicite en flexion. Réussir cette étape suppose de maîtriser quelques principes techniques précis, du choix du treillis au positionnement des cales.
Enrobage et calage : la contrainte que le ferraillage doit respecter en priorité
La plupart des guides détaillent le type de treillis ou la méthode de ligature. Peu insistent sur le paramètre qui conditionne réellement la durabilité du dallage : l’enrobage des armatures.
L’enrobage, c’est l’épaisseur de béton qui sépare l’acier de la surface extérieure. Si cette couche est trop fine, l’humidité atteint les barres, la corrosion démarre, et le béton éclate localement en quelques années. Pour un dallage sur terre-plein, l’enrobage minimal en sous-face se situe généralement autour de quelques centimètres, variable selon les conditions d’exposition et le DTU applicable au projet.
Le calage assure cet enrobage. Les cales en plastique ou en béton maintiennent le treillis à la bonne hauteur avant et pendant le coulage. Une erreur fréquente consiste à poser les cales trop espacées : le treillis fléchit sous le poids du béton frais et descend au fond du coffrage, exactement là où il ne sert plus à rien.
- Disposer les cales selon un quadrillage régulier, avec un espacement suffisamment serré pour que le treillis ne se déforme pas entre deux appuis.
- Utiliser des cales adaptées au diamètre du fil du treillis, pas des morceaux de parpaing ou de cailloux, qui s’enfoncent ou basculent au coulage.
- Vérifier la position du treillis après avoir commencé à couler : le béton déversé à la benne ou à la pompe peut déplacer les nappes si elles ne sont pas correctement stabilisées.

Choix du treillis soudé pour un dallage en béton armé
Le treillis soudé se décline en deux grandes catégories. Les treillis dits de surface, avec des fils de faible diamètre et des mailles larges, servent principalement à limiter la fissuration de retrait sur des dalles peu sollicitées. Les treillis de structure, avec des fils plus épais et des mailles plus serrées, reprennent les efforts de flexion dans un dallage porteur.
Pour un dallage de maison individuelle sur terre-plein, le type de treillis dépend de la nature du sol, de l’épaisseur de la dalle et des charges prévues. Un sol argileux sujet au retrait-gonflement impose un ferraillage plus dense qu’un sol stable de type sableux ou graveleux.
Recouvrement entre panneaux de treillis
Les panneaux de treillis soudé ne couvrent jamais la totalité de la surface en un seul tenant. Il faut les superposer sur une longueur suffisante pour que les efforts se transmettent d’un panneau à l’autre. Ce recouvrement doit couvrir au moins deux ou trois mailles, selon le type de treillis utilisé. Un recouvrement insuffisant crée une zone de faiblesse linéaire, souvent visible après quelques mois sous la forme d’une fissure rectiligne en surface.
Les panneaux superposés doivent être ligaturés entre eux avec du fil recuit. Sans ligature, ils glissent au moment du coulage et le recouvrement prévu sur le plan disparaît.
Positionnement du ferraillage dans l’épaisseur du dallage
Dans un dallage sur terre-plein, les efforts de traction se concentrent en partie basse lorsque le sol se tasse sous la dalle, et en partie haute lorsque la dalle porte entre deux appuis rigides (longrines, murs). Le positionnement vertical du treillis dépend donc directement du schéma de chargement.
Pour un dallage courant de maison individuelle reposant sur un hérisson drainé et compacté, la nappe d’armature se place dans le tiers inférieur de l’épaisseur, au-dessus de l’enrobage minimal. Si le plan de ferraillage prévoit deux nappes (cas des dallages épais ou fortement sollicités), la nappe haute se positionne dans le tiers supérieur, avec le même respect d’enrobage en face supérieure.

Armatures de renfort aux points singuliers
Les angles rentrants, les trémies (ouvertures pour passage de gaines ou de regards) et les jonctions avec les murs périphériques concentrent les contraintes. Ces zones nécessitent des barres de renfort en diagonale ou en chapeau, posées en complément du treillis général. Omettre ces renforts locaux est l’une des causes les plus courantes de fissuration précoce sur un dallage neuf.
Contrôle avant coulage et conformité au DTU 13.3
Le DTU 13.3, qui encadre les dallages, n’est pas juridiquement obligatoire en soi. En revanche, dès qu’il est cité dans le marché de travaux (ce qui est la règle dans la plupart des contrats de construction), il devient opposable et ses prescriptions s’imposent à l’entreprise.
La Fédération Française du Bâtiment rappelle que la conformité au DTU 13.3 doit être vérifiée au plus tard deux semaines après la mise en place du béton et avant tout chargement du dallage. Ce contrôle porte sur la planéité, les épaisseurs et le positionnement des armatures.
Concrètement, le contrôle du ferraillage se fait avant le coulage, lors d’une visite de chantier dédiée. On vérifie :
- La conformité du type de treillis avec le plan de ferraillage (diamètre des fils, dimension des mailles).
- Le respect des recouvrements entre panneaux et la présence effective des ligatures.
- La hauteur des cales et la stabilité du treillis, en marchant sur la nappe pour observer si elle s’affaisse.
- La présence de renforts aux points singuliers (angles, trémies, seuils).
Toute fissure traversante ou évolutive apparue après coulage (écart qui augmente, dénivelé entre les lèvres) impose désormais un diagnostic structurel avant toute réparation, avec surveillance par fissuromètre ou témoins de plâtre sur plusieurs semaines. Cette précaution permet de distinguer un simple retrait de séchage d’un mouvement structurel lié à un défaut de ferraillage ou de sol.
Le dallage en béton armé ne pardonne pas l’approximation sur le positionnement des aciers. Un treillis correctement choisi mais mal calé protège moins qu’un treillis modeste posé à la bonne hauteur avec des recouvrements soignés. Le dernier point à retenir : photographier le ferraillage avant coulage constitue la seule preuve exploitable en cas de litige ultérieur sur la conformité de l’ouvrage.